Éditions Libertalia
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jeudi 4 juin 2026 :: Permalien
Publié dans Le Monde des livres, le 4 juin 2026.
L’heure du désenclavement hors des limites de la stricte histoire française a sonné pour le Front populaire. Il embrasse désormais le tournant historiographique que constitue l’histoire connectée : la relecture des faits au prisme du croisement des histoires nationales. Rassemblant les contributions de plusieurs dizaines d’historiens, dirigé par Jean Vigreux et Serge Wolikow, l’imposant ouvrage collectif Les Fronts populaires, une perspective mondiale détaille des expériences méconnues, qui apportent un éclairage nouveau sur notre propre histoire.
En effet, les historiens réinscrivent cet épisode dans un mouvement général d’alliance des gauches réformistes et des partis communistes face au « champ magnétique » que représentent, au début des années 1930, les régimes fascistes. Le septième congrès de l’Internationale communiste, en 1935, s’est révélé déterminant : c’est alors qu’est remplacée la ligne « classe contre classe » par celle du front populaire antifasciste.
Naturellement, celui-ci a connu l’une de ses plus franches expressions en France, avec l’arrivée au pouvoir de Léon Blum en 1936. Mais cet éclat ne doit pas faire perdre de vue les autres, notamment le Frente Popular espagnol (1936-1939), dont la dimension connectée est une évidence, sur laquelle insistent les auteurs. Il suffit de penser à l’aide internationale qu’il a reçue dans sa résistance aux forces franquistes. Par exemple, les Brigades internationales, constituées dès 1936, voient se regrouper entre 32 000 et 40 000 volontaires venus défendre « la cause de toute l’humanité éprise de progrès ». Ces derniers étaient originaires de nombreux pays, et pas seulement d’Europe, mais, entre autres, du Mexique, des Etats-Unis, de Chine ou d’Australie.
Là se trouve d’ailleurs un des apports principaux du livre, qui rappelle que des fronts populaires ont existé hors d’Europe, de la Chine au Chili, en passant par certains pays du Maghreb. Comme Jean Vigreux et Serge Wolikow le suggèrent dans l’épilogue, cet ouvrage novateur permet aussi, surtout peut-être, d’ouvrir un champ de recherche foisonnant. Il reste beaucoup à explorer.
Louri Chrétienne de Penanros
mardi 2 juin 2026 :: Permalien
Publié dans La Cliothèque, le 26 mai 2026.
Le Front populaire a 90 ans, un anniversaire à fêter. Avec ce livre, Jean Vigreux et Serge Wolikow, qui dirigent une belle équipe d’historiennes et d’historiens, entendent revenir sur ces années cruciales et sujettes à débats avec une approche novatrice et riche.
La perspective choisie, une lecture internationale de ce moment, qui ne se limite pas à l’Europe, constitue un des apports majeurs du livre. Pour les auteurs, le moment Front populaire est un phénomène mondial même s’il se décline avec des logiques nationales et parfois même régionales et des temporalités différentes. Face aux effets délétères de la crise économique de 1929, à la montée du fascisme et du nazisme et à l’échec du parti communiste (KPD) et du parti socialiste (SPD) allemands, la riposte populaire est mondiale dans un mouvement qui allie initiatives politiques par le haut, tel le changement de ligne de l’Internationale communiste (Komintern), et mobilisations par le bas, comme la poussée unitaire des manifestants du 12 février 1934.
La France, avec les congés payés, les 40 heures, et l’Espagne, avec sa tragique guerre civile, sont bien sûr au menu de l’ouvrage. Mais les auteurs rappellent qu’il y eut un Frente popular au Chili, dans lequel s’impliquèrent Salvador Allende ou Pablo Neruda, un Front patriotique en Chine, entre le Parti communiste et le Kuomintang, que des réformes sociales d’ampleur furent entreprises au Mexique et ailleurs en ces années et soulignent le fait qu’il y eut aussi des grèves et des luttes populaires importantes aux États-Unis, en Belgique, en Grèce, en Guadeloupe…
Le jeu des acteurs qui s’en réclament, partis politiques de gauche, syndicats, associations nombreuses, leaders de ces mouvements, intellectuels, est finement présenté. Qu’ils agissent à une échelle d’abord nationale (Léon Blum et la SFIO, Andreu Nin et le POUM) ou veuillent le faire d’emblée à une échelle internationale (Dimitrov et le Komintern, les Brigades internationales). Les partis et associations des diverses gauches s’unirent dans nombre de pays pour riposter au danger fasciste. Dans plusieurs pays, en revanche, il n’y eut pas de Front populaire. Ce fut, en particulier, le cas au Royaume-Uni, du fait du refus du parti travailliste, ou en Scandinavie, à cause de l’opposition des sociaux-démocrates. Enfin, et c’est une bonne idée, les adversaires des projets de Front populaire ou d’alliance des gauches ne sont pas oubliés. Franco et ses soutiens en Espagne, les diverses branches des droites françaises et bien sûr Hitler et Mussolini qui envoyèrent hommes et matériel pour soutenir le coup d’État contre la République espagnole, donnent lieu à des chapitres utiles.
Au-delà du politique, le moment Front populaire vit aussi émerger une politique culturelle avec l’engagement d’artistes et d’intellectuels mais aussi une volonté de démocratiser la culture et le sport.
Il y a d’abord de la part du gouvernement français, une volonté de « démocratiser la culture en la rendant accessible aux masses », avec des commandes, une politique de développement des musées, l’appel à des peintres et des sculpteurs pour décorer le Palais de la découverte ou des panneaux réalisés pour l’Exposition universelle de 1937. D’autres initiatives sont portées par des intellectuels : l’Association populaire des amis des musées, l’Association des maisons de la culture… Jean Zay est à l’origine du festival de Cannes, dont la première édition devait se tenir en septembre 1939. Il était alors conçu comme une réplique à la Mostra de Venise qui avait encensé Leni Riefenstahl en 1938. Le développement des loisirs, encouragé par la diminution du temps de travail et les congés payés, a aussi favorisé la volonté de démocratiser la pratique sportive, en particulier des jeunes. Cependant, le Front populaire ne s’est pas opposé à l’envoi de sportifs aux Jeux Olympiques de Berlin, largement utilisé par la propagande nazie.
En effet, il ne faut pas l’oublier malgré une mémoire heureuse, en France, liée au souvenir des congés payés, le moment du Front populaire fut aussi celui des désillusions pour certains de ses partisans et celui de la marche vers la Seconde Guerre mondiale.
Dans les colonies, les dominés continuent pour beaucoup à subir la domination coloniale. Ainsi, en Algérie, la tentative limitée de réforme du statut des « indigènes », qui aurait accordé la pleine citoyenneté à 25 000 colonisés, n’aboutit pas. Malgré des espoirs, nulle part, l’ordre colonial n’est remis en cause. Pour les femmes, les avancées sont restreintes. En Espagne, une minorité participe aux combats. En France, trois d’entre elles rejoignent le gouvernement de Léon Blum et un nombre significatif d’entre elles sont actives dans les grèves. Mais elles n’obtiennent pas le droit de vote dans l’Hexagone et ont tendance à être renvoyées à des rôles jugés plus féminins dans les rangs des Républicains espagnols. Désillusions aussi, en France, pour une frange de la gauche non stalinienne (incarnée par Marceau Pivert, Daniel Guérin) qui considère qu’il était possible d’aller bien plus loin face au patronat.
À ces désillusions amères, il faut ajouter la terrible répression subie par les diverses tendances des gauches en Allemagne à partir de 1933, en Autriche en 1934 et en Espagne entre 1936 et 1939. Les civils qui, dans ce dernier pays, tentent de s’opposer au coup d’État franquiste le paient parfois de leur vie ou doivent s’exiler. En effet, ils ont été, de fait, abandonnés par la France et le Royaume-Uni alors que les régimes nazi et fasciste ont soutenu activement Franco et que l’URSS accordait une aide prudente au camp républicain dont elle faisait « épurer » les rangs. En Espagne comme en France, la marche à la guerre a brisé nombre d’espoirs des Fronts populaires.
En une trentaine de contributions, le livre dirigé par Jean Vigreux et Serge Wolikow renouvelle notre regard sur le moment Front populaire en évitant de nous centrer sur la France (ou l’Espagne). Une perspective mondiale nécessaire qui n’ignore pas cependant les singularités nationales, les discontinuités temporelles et les apports culturels des Fronts populaires. Un apport décisif à l’histoire de ce moment.
Jean-Philippe Martin
mardi 2 juin 2026 :: Permalien
Publié dans L’Écologiste, numéro du 5 juin 2026.
L’auteure Corinne Morel Darleux, ancienne élue régionale LFI, a accompagné une équipe de scientifiques français explorant la « zone mésophotique » entre 30 et 200 mètres de profondeur au large du Honduras. Par l’écriture, elle parvient à faire émerger la beauté des fonds marins dans ce carnet de bord très poétique. L’explorateur Alfred Russel Wallace (1823-1913) les dénommait des « forêts colorées ». Au lieu des joncs et des buissons, ce sont des gorgones, des éponges et des coraux ; la « canopée » abrite une « pépinière » de petits poissons jouissant d’un micro-climat à l’abri des courants. Les fonds marins sont peuplés de « poissons trompettes », de « mérous célestes » et de « cuboméduses ». Les montagnes marines ont des « sommets inexplorés et des tombants de toute beauté ». Malheureusement, quelque 630 000 kilomètres de fonds marins sont raclés chaque année par les chalutiers français. Et les canicules sont analogues à un feu de forêt. « Comment imaginer qu’on rase actuellement des lieux, des êtres qu’on ne connaît même pas, des espaces qui n’ont jamais été explorés, des espèces qu’on n’a encore jamais vues, ni identifiées ? C’est insensé. »
lundi 1er juin 2026 :: Permalien
Publié dans Politis, le 7 mai 2026.
Déscolarisé, Ritchy Thibault s’éveille à 14 ans sur un rond-point, au début du mouvement des gilets jaunes. Il poursuit depuis des études d’histoire et s’illustre aussi par de multiples interventions impertinentes qui lui valent de fréquenter souvent les tribunaux. Dans ce troisième essai, le jeune auteur entend apporter sa brique à l’antiracisme depuis ses origines manouche et gitane, lui qui porte l’histoire de la déportation des siens dans les camps pendant la Seconde Guerre mondiale. Il ne connaît que trop bien l’oppression systémique de ceux que l’institution a catégorisé « nomades » puis « gens du voyage », étiquette administrative recouvrant une diversité de groupes, dont les Manouches, les Gitans, les Sinti, les Roms, les Yéniches et les Voyageurs, avec tous les itinérants par choix ou contrainte de vie. Avec ce texte, il s’agit aussi d’inviter les siens à sortir de la honte pour revendiquer fièrement leur liberté.
Louise Moulin
jeudi 21 mai 2026 :: Permalien
Le Cours de l’histoire de Xavier Mauduit sur France Culture a consacré, du 18 au 21 mai 2026, une série d’émissions au front populaire.
Quatre épisodes dans lesquels on retrouve des contributeur·ices de notre ouvrage Les Fronts populaires, une perspective mondiale : Ludivine Bantigny, Laure Machu, Dimitri Manessis, Gilles Richard, Éloïse Dreure, Jean Vigreux et Serge Wolikow.
Retrouvez tous les épisodes sur le site www.radiofrance.fr/franceculture.
« Le 3 mai 1936, le Front populaire remportait les élections législatives. Alliance politique contre la montée du fascisme et mobilisation sociale d’ampleur, il symbolise un moment singulier de l’histoire française. En quatre émissions, Le Cours de l’histoire revient sur les multiples facettes de cette histoire, au plus près des sources, grâce au regard des historiennes et des historiens : son implantation dans les mondes ouvriers et paysans, les grèves et les occupations d’usine dans un élan d’espoir, les avancées sociales (semaine de quarante heures, congés payés, augmentation des salaires…) traduites dans les « accords Matignon ». C’est également une histoire d’obstacles, de contradictions et de renoncements à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Enfin, le Front populaire n’est pas qu’une expérience française. De la Chine au Chili, en passant par le Maghreb, c’est l’histoire d’un phénomène mondial. »